La fièvre bétonneuse
12/05/2012Retour en arrière sur les projets pharaoniques sur notre plateau, nécessité budgétaire et marque du changement politique obligent… l’heure est plus que jamais au doute. Voici la position d’un de nos membres que nous portons à votre connaissance.
« En s’appuyant sur le mal vivre des franciliens, trois leitmotivs sont répétés en permanence par l’Etat et les collectivités territoriales, repris en chœur par les médias :
- faire croître le potentiel économique de la région
- créer des logements
- développer les transports en commun
Trois préoccupations indissociables, inattaquables sur le fond, porteuses en popularité. Mais les solutions proposées sont elles judicieuses pour répondre aux besoins véritables ?
Comparaison n’est pas raison, mais un constat préliminaire s’impose :
- la Région ile de France est le premier bassin d’emploi de l’Union Européenne,
- son PIB (550 milliards d’euros) est en tête des régions de l’UE, c’est également la plus peuplée (11,8 millions d’habitants)
- la densité de Paris et petite couronne est aussi la plus forte (2000 habitants au km2)
- Paris est la mieux interconnectée des plus grosses agglomérations d’Europe
- c’est une ville régulièrement plébiscitée pour son rayonnement
Notre région tient donc déjà son rang sans obligation de grossir encore plus. C’est bien de vouloir encore mieux, mais pas n’importe comment. La sagesse serait de valoriser l’existant au lieu de céder aux solutions de facilité conduisant au gaspillage :
La santé économique et l’emploi pérenne sont créés par l’innovation et l’investissement productif, pas par un jeu de taquin qui consiste à déplacer les établissements existants pour les rapprocher ; leur manque de synergie dépend autrement plus de leurs cloisonnements organisationnels que de leur éloignement géographique.
Les provinces de notre pays et leurs métropoles régionales montrent un dynamisme (économique, culturel) et une offre d’habitation particulièrement attractifs ; elles auraient mérité un coup de pouce plutôt qu’une éternelle centralisation jacobine.
la crise du logement, c’est celle des faibles revenus, qui souffrent de l’attrition du parc à bas loyer, qui n’a pas été compensée par une progression suffisante des logements sociaux (*). La Région compte plus de 300.000 logements vacants (*), dont un tiers dans nos bassins d’emplois proches (78, 92, 91). Elle compte aussi 3.500.000 m2 de bureaux inoccupés (**), considérés pour beaucoup comme désormais inadaptés pour le marché locatif tertiaire.
L’amélioration des transports en commun dont nous avons vraiment besoin est, dans les vallées, celle des RER B et C et celle de la ligne de bus Chevreuse-Versailles ; pour la liaison Orsay-Saclay-Vélizy la ligne de bus pourrait être remplacée par un tramway longeant la RN 118 ; pour la desserte du Plateau, outre ce tramway, le bus Orsay-Versailles et la liaison Massy-Saclay-St Quentin, déjà prévue par TCSP.
La crise financière, c’est aujourd’hui. N’y a t’il donc pas de quoi faire en réhabilitations avant de se lancer dans des dépenses publiques et des captations excessives de foncier pour des projets démesurés ?
(*) Les données peuvent être vérifiées sur le site de l’INSEE. Lire aussi le rapport d’Immo Group Consulting d’octobre 2010 (**).
Et demain ce sera la crise énergétique, et la crise de l’alimentation qui s’ensuivra. La protection des terres agricoles périurbaines est vitale. Pour le respect des bonnes intentions actuellement affichées l’urbanisation doit être nécessairement limitée, or dans ces conditions, la ligne « verte » de métro de la SGP apparaît devoir être un gouffre financier, de par son coût de construction (nécessairement enfouie pour réduire les nuisances), et de par son coût d’exploitation (potentiel d’usagers limité par rapport aux besoins en déplacements).
Alors le Schéma de Développement Territorial de l’EPPS (consultable sur www.oin-paris-saclay.fr) prévoit maintenant la construction d’au moins 6.000 logements par an, voire 8.000, sur les 49 communes de l’OIN. Enfoncées les ambitions de Christian Blanc qui avaient pourtant conduit à une levée de boucliers générale !
Car la volonté étatique est tenace et vise toujours l’extension de la mégalopole parisienne avec 500.000 habitants supplémentaires sur notre territoire. Et avec la bénédiction de certains présidents de Communautés d’Agglomération. Que deviendront alors les bonnes intentions ? Et la solvabilité, sera-t-elle au rendez vous pour éviter une bulle BTP à l’espagnole ?
Enterrer le métro du Plateau ? C’est le projet de métro lui-même qu’il faudrait enterrer, pour éviter que, sous une pression qui ne manquerait pas d’être très forte, soient remises en cause les dispositions légales d’aujourd’hui.
A l’heure de l’établissement du Plan Local d’Urbanisme de Saclay, à l’aube de la passation de Contrats de Développement Territorial par l’EPPS, et à la veille du Programme Local de l’Habitat de la CAPS, notre commune devra être courageuse pour résister et ne pas se laisser contaminer par la fièvre bétonneuse. Notre avenir, notre environnement, et notre qualité de vie en dépendent. »
Michel.
La position de l’ASES sur le métro demeure celle que l’association avait défendu dans son cahier d’acteur lors du débat sur le transport du Grand Paris : un nouveau métro ne répond pas aux besoins immédiats de la population vivant sur le plateau. La modernisation du réseau actuel (RER B et C) et le maillage avec un transport en commun en site propre (TCSP) nous parait être plus pertinent.
Toutefois, il est évident que dans la perspective validée par les instances dirigeantes du pays de la nécessité d’un métro, l’enterrement du tracé, constituerait l’alternative la moins catastrophique pour notre paysage.





